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Booba : « Je ne suis pas juif »

 

 

Booba interviewé par Julien Bordier (L’Express), publié le 30/09/2011 à 16:00

 


C’est sans doute le plus gros événement du rap français. Booba investit Bercy le 1er octobre. Rencontre avec le rappeur sulfureux qui fait rimer trash avec cash.

 


Blanc et noir. France et Sénégal. Paris et Miami. Enfant de la rue et millionnaire. Eli Yaffa, alias Booba, est un pays à lui tout seul, métissé, entier et sans frontière. Le président du Boobaland domine le rap français de la tête et des épaules -qu’il a d’ailleurs très larges. Le Duc de Boulogne parle cash. Il en engrange aussi. L’autre parrain du 92 a vendu près d’1 million de disques depuis ses débuts et son dernier album, Lunatic, s’est écoulé à 150 000 exemplaires. Sans bénéficier du relais des médias, il va remplir Bercy le 1er octobre. Une première pour un rappeur français en solo. Début juillet, on a rencontré le rappeur dans un studio de tournage désert de Malakoff. Moulé dans un polo couleur canari, Booba plie son imposant 1m92 dans un canapé. Il parle de la France, de Renaud, du racisme mais aussi d’Albator et de Supercopter.

 

Entretien.

 


Vous serez sur la scène de Bercy ce 1er octobre. Que représente cette date pour vous?

 


Une consécration et un accomplissement. Après avoir rempli le zénith, je monte d’un cran. J’ai déjà chanté plusieurs fois à Bercy, pour des premières parties et avec Puff Daddy. Je n’ai pas de limite. Si je peux faire le Stade de France demain, je le ferai. Ensuite, soyons lucides, je pense que du point de vue commercial et médiatique je ne suis pas encore au niveau.

 

 

Vous avez vendu 8000 places en quelques semaines (ndlr: chiffres début juillet, le concert de 16500 places sera complet). Pourtant vous avez une exposition très limitée dans les médias grand public.

 


Si je ne suis pas présent, c’est aussi un choix. Aller faire le clown face à un Zemmour qui dit ne pas aimer le rap, ça ne m’intéresse pas. Les animateurs des émissions en prime time ne connaissent rien au rap. Ils lisent leurs fiches et on sert de bêtes de foire. Ils vont me parler de la banlieue, de mes tatouages et de mes chaînes en diamant. J’ai déjà essayé, ce n’est pas terrible.

 

 

Mais vous pourriez profiter de ces opportunités pour corriger certains clichés.

 


Surtout, il faut que le rap soit considérer à sa juste valeur. Je suis cité dans la Nouvelle Revue Française. Pourquoi mes chansons ne passent-elles pas sur RTL comme celles de Georges Brassens? Pourquoi est-ce que je ne passe pas sur NRJ? Pour moi c’est une forme de racisme. Aux Etats-Unis, les rappeurs comme Jay-Z, Snoop Dog ou 50 Cent sont respectés en tant qu’artistes et sont invités dans les médias. Ils viennent de la rue, ont connu la violence, comme nous. Mais on parle de leur musique. Renaud et Brassens, c’était violent aussi. Ils disaient d’ailleurs la même chose que nous. Mais comme ils sont blancs, ça passe mieux.

 

 

Le rap, c’est quoi pour vous, un business, un art, une compétition?

 


Un art et un sport. Il y a beaucoup de compétition. Le rap, c’est tout ce qu’on a. On se bat pour notre bifteck. C’est la mentalité des quartiers: « On pèse plus que toi », « On est plus chaud que toi », « Notre équipe de foot est la meilleure ». Les rappeurs c’est comme des sportifs, ils représentent leur département.

 

 

Et vous jouez en équipe ou en solitaire?

 


Je travaille dans mon coin, mais pas tout seul. Je suis entouré.

 

 

Comment êtes-vous devenu rappeur ?

 


C’est un coup de chatte. J’ai toujours été passionné de musique mais je n’avais jamais eu l’intention de devenir rappeur. Un jour, je trainais chez un pote qui lui rappait et faisait des sons. Il m’a dit « Pourquoi t’essaies pas? » J’ai rigolé: « T’as vu la voix que j’ai ». Il m’a écrit deux trois textes, il m’a montré comment ça fonctionnait. Peu à peu j’ai commencé à écrire. J’ai rencontré Ali qui venait du même quartier que moi. On a essayé de monter un groupe et c’est devenu Lunatic. On a débuté sans prétention. C’était une occupation parmi d’autres. On a fait un morceau, Le Crime paie, sur la compilation Hostile parue en 1996. Et c’est là qu’on eu de la chance. Ce titre a été très bien accueilli. Ensuite, moi je suis un sportif dans l’âme. Quand je rentre dans le game, je viens pour tout écraser.

 

 

Le chanteur Benjamin Biolay et l’écrivain Yann Queffélec vous écoutent et reconnaissent votre travail. Ça vous fait quoi ?

 


C’est bien. Cela va à l’encontre des clichés. Pourquoi ce serait bizarre? Pourquoi ce serait bizarre que Booba kiffe Renaud? L’argot des blousons noirs chez Renaud c’est l’argot des banlieues aujourd’hui. Quand c’est bien écrit, c’est bien écrit.

 

 

Qu’est ce que vous « kiffez » en littérature ?

 


Je ne lis pas trop. J’aime bien les scénarios de cinéma. Dans le cinéma, il y a plein de punchlines dans les dialogues.

 

 

Qu’est ce que vous avez vu récemment ?

 


The Town, c’est pas mal. Avatar… J’ai vu un truc de meufs très drôle, ça s’appelle Bridesmaids. C’est sur une fille qui se marie et qui prépare la cérémonie avec ses copines.

 

 

Vous vivez aujourd’hui en partie à Miami. Premier voyage aux Etats-Unis ?

 


A 14 ans, j’ai passé un mois à Détroit. L’année suivante, j’y suis retourné et j’y ai vécu un an. J’allais au lycée là-bas. De cette expérience, je retiens qu’il faut s’entraider, apprendre son histoire. Vivre en communauté ça donne une force. C’est comme ça que les Noirs ont obtenu le respect qu’ils n’ont pas ici. Quand je parle de communauté en France, c’est mal vu. C’est perçu comme un repli ou un isolement. Aux Etats-Unis, ce ne sont pas les Noirs qui ont choisi de vivre en communauté, c’est à cause des blancs et de la ségrégation. Aujourd’hui, les Chinois vivent entre eux, les Mexicains aussi, cela permet d’avoir l’impression de visiter plusieurs pays. Les endroits où il y a peu de couleurs mélangées ça me stresse. Je suis allé en Italie dans un petit village. Les habitants me prenaient en photo. Ils se cachaient. Comme si j’étais un gorille échappé du zoo. J’aime Paris, New York, Los Angeles, Miami, parce que c’est mélangé. A Miami, je n’ai pas l’impression d’être chez les blancs ou chez les noirs. Miami, c’est chez tout le monde, c’est le bled. Personne n’y parle anglais. Pour se faire comprendre il faut parler espagnol. Je vis Downtown, je n’aime pas Miami Beach. Je n’aime pas être au milieu des touristes. C’est fou là-bas, ça ne s’arrête jamais. J’aime bien vivre replié.

 

 

C’est quoi une journée ordinaire à Miami ?

 


Je me lève tôt. Je prends un gros petit déjeuner. Je travaille avec la France sur ma marque de vêtements et la musique. Je fais du sport. Je sors de temps en temps.

 

 

Est-ce que Miami l’espagnol, le succès du reggaetón, peut vous inspirer ?

 


Je connais Daddy Yankee -ndlr: chanteur de reggaetón très céléèbre-, on va chez le même coiffeur. Pas pour les cheveux, je n’en ai pas. Pour la barbe ! Je croise aussi Pitbull. Mais je ne suis pas trop branché reggaetón.

 

 

En revanche, vous écoutez beaucoup de sons, ceux que des producteurs vous envoient.

 


Je ne fais que ça. La musique adoucit ou endurcit les moeurs. Elle provoque des réactions, ca me met dans une certaine ambiance et ça donne la couleur du texte que je vais écrire.

 

 

Sur ce dernier album, ces sons vous ont amené vers des thèmes plus introspectifs ?

 


C’est le cas avec Ma couleur et Comme une étoile. Quand le son est prenant, j’écris un texte plus perso. Quand j’entends un gros beat sourd, j’ai envie de sortir des insultes et de traiter tout le monde.

 

 

Vous autocensurez-vous ?

 


Rarement. Seulement quand ce n’est pas bon. Si c’est dur ou dégueulasse mais que j’aime bien je laisse.

 

 

Il y a aussi pas mal de références à la mort dans votre dernier album ?

 


Je pense à la mort comme je pense à la vie. Ca va vite. J’y ai échappé plusieurs fois. On n’est jamais à l’abri.

 

 

Vous repensez parfois à la prison ?

 


Oui, mais je ne suis pas traumatisé. J’y repense avec le sourire. En tout cas, je n’ai pas envie d’y retourner. La dernière fois, je me suis dit:  » Je suis vraiment une merde « . Je devais avoir 25-26 ans, c’était en 2004-2005.

 

 

En 2008, vous aviez jeté une bouteille de whisky sur le public du Stade de France lors du concert Urban Peace 2. Des regrets ?

 


Je n’ai aucun regret. Si j’avais eu une caisse de whisky sous la main, j’aurais ouvert toutes les têtes des mecs qui insultaient et crachaient sur les artistes. Le crachat c’est une insulte insupportable. Ceux qui n’étaient pas sur scène ne se rendent pas compte. Il y a des limites. Skyrock, qui organisait l’événement, aurait du penser à la sécurité. Je n’ai pas à le faire moi-même.

 

 

En 2006, votre mère et votre frère avaient été kidnappés. Est-ce que c’est pour votre sécurité que vous vous êtes exilé ?

 


Non. Et ma mère n’a pas déménagé.

 

 

Vous débutez le morceau Caesar Palace par « Fuck you, Fuck La France « . Sur Paradis, vous chantez  » La patrie n’aime pas les négros « . Comment qualifiez-vous votre relation avec la France ?

 


Les euros, ma famille et mes amis. Quand je dis « Fuck La France », c’est vis-à-vis du gouvernement. Je me comprends. Je sais de quoi je parle. J’ai vécu des choses dans ma vie qui me permettent d’écrire ça.

 

 

Vous voulez dire par rapport à votre couleur ?

 


En France, au niveau du racisme, on vit dans l’hypocrisie.

 

 

Dans la chanson Duc de Boulogne , sur votre album Ouest side, vous chantiez: « Toute la bande à Sarko, j’la ferais bien tapiner / Au micro j’suis l’un des négros les plus raffinés ». Dans cet album, vous faîtes référence seulement une fois à Sarkozy.

 


Sarko maintenant qu’il est président, c’est fait. La politique, ça ne m’intéresse pas. Je n’ai jamais voté. Je me sens ni français, ni américain. Je voyage, comme un oiseau.

 

 

Vous pourriez vous soutenir concerné par ce que le gouvernement fait avec vos impôts ?

 


Je paye des impôts en France. Je me sens concerné mais je suis impuissant. Croire qu’un président peu changer quelque chose. Un président c’est un pantin. On ne sait pas qui dirige derrière. Je ne suis pas naïf.

 

 

Vous dîtes que vous n’êtes ni français, ni américain. Vous êtes…

 


Je suis un être humain. Ce sont les hommes qui ont fait de frontières et créer des pays. La terre est à tout le monde. Les douanes, les passeports… On devrait être capable d’aller où on veut et de faire ce qu’on veut.

 

 

Enfant de banlieue, millionnaire, métis franco-sénégalais vivant à Miami… Quand vous vous regardez devant une glace vous voyez qui? Booba? Elie Yaffa ?

 


Une plaquette d’abdos! (rires). On est rien sur terre. La carte du monde elle a changé au cours des siècles. Un jour les Etats-Unis n’existeront sans doute plus, ce sera la Chine! Moi, je ne me pose pas de questions. Je vis c’est tout, je fais mon business, je m’amuse avec les gens que j’aime, je profite de la vie. Et un jour je disparaitrais. C’est tout.

 

 

Vous avez 34 ans, comment envisagez-vous votre carrière ?

 


Je peux m’arrêter dès demain. Je pourrais faire autre chose. Je fais des vêtements. J’aime le cinéma. J’aime ce que je fais mais ce n’est pas un besoin vital. Ma vie ce n’est pas que le rap. En revanche, j’écouterais de la musique toute ma vie.

 

 

Vous écoutiez quoi quand vous étiez petit ?

 


J’aimais la musique du dessin animé Albator, Laisse Béton de Renaud, du reggae, Michael Jackson.

 

 

Ce sont vos parents qui écoutaient Renaud ?

 


Je ne me souviens plus comment j’ai récupérer ce disque.

 

 

Vous restez souvent mystérieux sur vos origines.

 


Les gens imaginent plein de choses. Ma mère est française, mon père sénégalais. Mon père travaillait dans des boîtes de nuit. Je n’ai pas grandi avec lui. Ma mère était secrétaire.

 

 

Comment vos amis vous appellent-ils ? Booba ? Eli ?

 


Mes amis m’appellent Kopp.

 

 

C’est pour Eli coptère ?

 


Supercopter!

 

 

En quoi croyez-vous ?

 


En une force supérieure.

 

 

Etes-vous religieux ?

 


Je suis musulman mais je ne pratique pas.

 

 

On vous présente parfois comme étant de religion juive ?

 


Je ne suis pas juif. Ma mère n’est pas juive. Il n’y a personne de juif dans ma famille. On pense que je suis juif parce que mon prénom, Eli, est très répandu chez les juifs. C’est encore un truc raciste. Certaines personnes me traitent de juif pour me décrédibiliser. Car cela véhicule malheureusement des clichés: « tous les juifs ont de l’argent », « ils sont anti-arabes »… Ca voudrait dire que je joue les mecs de la rue alors qu’en fait je suis riche.

 

 

Yaffa c’est le nom de votre père ?

 


Oui. Yaffa c’est un nom sénégalais mais il y a aussi des juifs qui s’appellent Yaffa.

 

 

Vous avez eu l’occasion d’aller au Sénégal ?

 


Oui. Mais je suis à l’aise partout. A Djibouti, je mange du mouton. En Tunisie, je mange des merguez. Au Canada, je mange de la poutine. Je déteste les passeports, les frontières, les douanes et les uniformes. J’ai conscience que c’est obligatoire. Il faut contrôler les flux humains sinon c’est n’importe quoi. La liberté c’est de pouvoir aller où tu veux. Pour ca il faut avoir des sous. La liberté c’est l’argent.

 

 

C’est quoi votre dernier tatouage ?

 


Les 5 étoiles (il montre ses phalanges, une étoile est imprimé sur chaque doigt). Je suis un Palace.

 

 

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