INTERVIEW S-PI
17.05.2008 à 20:21

S-PI membre de la SD-clik, s’étant surtout fait connaître pour ses nombreux featurings avec Youssoupha et son morceau polémique « Etat des lieux» était de passage en Belgique. J’en profite pour le rencontrer.
Après une petite présentation des membres de la Sd-click, «son équipe», également présents, nous commençons l’interview.
S-pi Donc merci d’avoir accepté l’interview. Tu pourrais te présenter pour les lecteurs qui ne te connaîtraient pas encore ?Ben moi, c’est S-Pi rappeur du 94, le Val de Marne. Je rap depuis 10-12 ans. Au début, c’était pour l’amusement. Puis, quand tu te rends compte que c’est vraiment la voie dans laquelle tu veux t’orienter, tu t’y mets plus sérieusement.
Vers 17 – 18 ans, j’ai commencé à enregistrer mes premiers morceaux solos en studio. J’ai vu qu’il y avait plus ou moins de bons retours par les gens qui m’entouraient et je me suis mis à y croire encore plus. Et vers 20-22 ans, j’ai formé le groupe la SD-CLICK avec mes potes du quartier et depuis, ben c'est l’aventure jusqu'à aujourd’hui.
Pourquoi t'as choisi ce blaze « S-PI», ça signifie quoi? C’est «S» comme style et « PI » comme le signe mathématique de l’infini, tu sais quand ça commence mais tu sais pas quand ça se termine. Par rapport à quoi ; ben au fait que quand j’étais plus jeune, les potes qui m’écoutaient ou rappaient avec moi me disaient que je savais poser sur n’ importe quel morceau. Si c’était une instru zouk, je rappais dessus une instru raï; pareil. Les mecs m’ont dit « ah t'es un ouf, toi t’as pas de limite tout ça là, c’est comme l’infini » c’est devenu S-PI et c’est resté.
Et « Mwana Mabé » qu’on retrouve dans certains de tes lyrics ?
C’est par rapport à mon pays d’origine, je suis zaïrois. En fait, quand j’étais plus jeune, j’étais assez turbulent, je faisais plein de bêtises et ma mère m’appelait « mwana mabé » (sale gosse), et c’est resté. Après, je m'en suis servi pour kicker dans la musique, c’était un délire.
T’as fait beaucoup de choses avec Youssoupha, je pense que si on te connaît c’est surtout pour les feat que t’as fait avec lui. T’as pas peur qu’on associe trop son blaze au tien, d’être un peu dans son ombre ?Si si, je vois ce que tu veux dire, le truc c’est qu’avec Youssoupha, ce n’est pas quelque chose qui a été construit ça c’est fait de soi-même. Lui et moi, on se connaît depuis bien avant la musique, bien avant le succès qu’il a aujourd’hui.
On était des amis, d’ abord.
Quand on a vu qu’on était sur la même longueur d’onde, au niveau, du style de musique, du style de rap et de choses qui n’avaient rien à voir. Ben, on c’est dit que ça serait bien qu’on puisse faire des choses ensemble dans la musique.
Après, c’est vrai que pour lui, ça c’est passé plus ou moins vite, en l’espace d’un an il a été propulsé de zéro à je ne sais pas combien et le mec il a pas eu peur de me dire « franchement toi j’te trouve très fort et je peux pas faire des grandes salles parisiennes, des albums et te laisser comme ça, donc si je peux faire quelque chose pour toi, on y va ».
Et ça c’est vraiment fait naturellement. Les morceaux qu’on a faits au début avec Youss. Lui avait ses séances studio, moi j’partais le voir histoire de tchek mon pote. Il avait besoin d’un refrain, j’étais là je crakais un refrain et tout et ça finissait sur son street album ou des mixtes, après on a fait notre bout de chemin ensemble. Pour en revenir à ta question, être dans son ombre, je pense pas, parce qu on n !a pas le même style de rap, si tu veux. Il est plus rap conscient lyriciste, moi je suis plus au niveau des flows, des concepts.
T’es avec SD-Click aussi Oui, voila, j’ai mon groupe et tout, j’ai mon appartenance donc j’ai pas trop de crainte par rapport à ça quoi. Je pense que le public fera bien la différence entre lui et moi.
Y a un morceau qui a fait beaucoup parler de toi, c’est « état des lieux ». Moi ce que je me demandais, c’est si ce n’était pas un coup de promo parce que t’as vu, c’est assez à la mode en ce moment. Ou bien il y avait une réelle envie ?
Ouais, c’est vrai, je suis d’ accord avec toi, mais le truc avec « Etat des lieux », c’est que même avant d’être exposé et d avoir la chance qu’on me voie dans des clips, qu’on m’entende à la radio, j’ai toujours eu l’envie de faire un morceau reflétant un peu le milieu du rap français.
Tout ce qui s’y passe, ce qui me plais et ce qui me déplais. Ce qu’il faut savoir c’est que « Etat des lieux » forcément, comme tout morceaux polémique, il y a des phrases chocs, mais je n’apprends rien à personne, je dénonce juste des faits qui on eu lieu dans le rap français. Et dans le deuxième couplet, je cautionne des causes.
Quand je parle de Médine qui est sur écoute parce qu’il est barbu, et les flics qui pensent que c’est un membre d’Al Quaida infiltré dans le rap pour faire sauter des radios. Ou quand krys se fait prendre à partie par Cauet par rapport au fait qu’il a fait un morceau, il y a quinze ans sur Vincent Mac Doom et qu’il se fait catégoriser par rapport à ça.
Youssoupha qui ne peut pas appeler son album « négritude » parce que voilà, les maisons de disque ont peur des polémiques, qu’il passe pour un raciste.
C’est vraiment un cri de guerre que j’ai voulu pousser ! En fait, j’ai voulu le faire bien avant d’être exposé.
D’ailleurs, ce n’est pas le premier morceau avec lequel je suis arrivé, mais bon, comme on retient plus les morceaux polémiques, c’est avec celui-là que j’ai le plus été connu. Mais ça ne me déplait pas parce que je suis fier de ce morceau et j’ai beaucoup de retours par rapport à ce morceau.
Pour en revenir au coup de promo, je pense que j’aurais pu exploiter le filon encore plus, à savoir, faire un clip choc, faire des affiches avec « S-PI état des lieux », appeler mon street « Etat des lieux ».
Nan, c’est un truc que j’ai fait, j en avais envie. Maintenant je passe à autre chose, j’ai pas trop envie qu’on me catégorise dans une case de clasheur. Je ne suis pas un clasheur. J’ai jamais fait de concours donc j’ai fait le morceau, j’ai dit ce que j’avais à dire et voila.
Et t’as eu des retours par rapport à ça ; des bons des mauvais ?
Y a eu Passi qui a pas trop été d’accord avec ce que j’ai dit sur lui, donc on c’est vu et on c’est expliqué. Et Pit Baccardi, aussi, qui a tenu à avoir des explications, ce que je comprends tout à fait parce que c est le minimum de pouvoir savoir par rapport à quoi la personne a dit ça sur toi. Donc moi, je m y attendais et voila on c est expliqué comme de grands garçons, y a pas eu d’histoire de lards et voila je pense qu’il sont passé à autre choses aussi.
Sinon, y a eu plus de bons retours, ce qui me choque c’est que ça soit même par des gens qui n’ont rien avoir avec le rap des pères de famille de 40 ans qui m’ont dit : « je surfais sur le net, j’ai vu ton myspace c’est des paroles vraies » ; des gosses de 12 piges qui ont kiffé aussi. J’ai eu plus de retours positifs que négatifs et je suis fier de çà. Ca me donne la motivation pour continuer à faire de bons morceaux, dire des choses.
Il y a beaucoup de mouvance dans le rap , certains seront trés ego-trip , d autre plus posé. Tu te situerais ou la dedans toi ?
Ben en fait, je me situerais dans la case des mc’s 4X4. J’m explique mC tout terrain, qui privilégie autant le fond que la forme. J’ai commencé le rap avec des textes ego trip, tu te mets en valeur tu t impose etc. tout ça pris au second degrés bien sur. J’ai aussi appris avec le temps à développer un rap plus ou moins dirigé, sans trop m’éparpiller partout non plus pour éviter de fausser le message parce que après tu deviens rappeur aléatoire. Donc avec le temps j’ai appris à écrire sur des thèmes, à faire des concepts, à mettre du style, du flow. Proposer aussi une certaine forme d’ entertainment, de divertissement que les gens puissent un peu s’évader oublier leurs problèmes, en écoutant ma musique. Comme j’suis un ex-fêtard, j’aime bien les sons lourds dans les boites de nuits donc dans le street il y aura aussi des morceaux club qui pourront passer en boite. Mon but c’est vraiment d’être a l’aise sur le fond comme sur la forme ne pas privilégier qu’une seule branche.
Mais le titre de ton street c’est « révélation » c’est justement pas un peu ego-trip.Ouais,c’est un peu ego trip mais c’est aussi la réalité des choses, dans ma position, dans le rap français. Là, je suis sorti de nul part, beaucoup de gens trouvent bizarre que je sois considéré comme le backeur de Youssoupha et que j'ai un morceau en playliste sur génération et un clip qui passe en télé. Généralement, les backeurs ne bougent que quand l’artiste bouge.
Donc voilà, vu que je suis sorti de nulle part, j’me considère un peu comme une révélation. Mais ce qui a aussi motivé le fait que j'appelle le street comme ça, c est à cause d'un article sur moi dans le magasine « trackliste » ou le journaliste me présentait comme « la révélation».
Ton street va sortir en autoprod ?Ouais, sur le label 1.6. Block Prod qu’on a ouvert avec Ricci membre de la SD CLIK aussi et Lexos. Pourquoi en autoprod, tout simplement parce qu'avoir son label, aujourd’hui, est synonyme d’indépendance et de liberté artistique. Il n’ y a pas de restriction, tu bosses le morceau comme tu veux, tu fais les refrains et t’invites les personnes que tu veux.
T'as pas les contraintes de personnes extérieures. Perso, j’accepte les critiques constructives encore plus celles des gens qui m’entourent tout les jours. C’est pas un D.A (Ndlr Directeur Artistique) peu importe, qu’il ait l’expérience ou qu’il travaille avec de grandes maisons de disque, si je ne le connais pas je prendrai plus en compte les critiques de mon entourage, des gens qui comprennent ma musique.
Et si maintenant on te proposait un contrat en major, t’accepterais où ce serait autoprod jusqu'au bout ?Nan, j’ai toujours dit qu’il y a des artistes destinés à rester en autoprod et d’autre qui peuvent s’épanouir en major. Je fais partie de ceux qui peuvent travailler en major mais je veux garder mon indépendance.
Je pense que le type de contrat que je signerais, ce serait un contrat de licence. A savoir que c’est le label qui est signé chez la major donc tu restes propriétaire de tes bandes, de ton travail artistique.
La maison de disque s’occupe juste de promouvoir le projet, faire des clips, mettre l’argent ou il faut. Donc, voila oui, je pourrais travailler avec une major mais il faudra voir le contrat, les clauses.
On va conclure avec tes projets solo ou en crew, qu’est-ce qui est prévu pour la suite ?Y a déjà la "block tape" que je viens de te donner (Ndlr «La bastos de service) dispo en téléchargement sur le net et dans les disquaires indépendants. Il y a le street album, le 13 mai (Ndlr repoussé au 30 juin) qui sera en bac en FNAC, Virgin, Leclerc un peu partout. En septembre, un street avec la Sd-click « soldat du bloc » par la suite toujours avec la SD-CLIK un EP "MC de Tess" suivi d’un DVD et quelques inédits et personnellement une mixtape « Mwana Mabé » pour fin 2008. Et voila, mais pour l’instant je prends mon temps et j'avance étape par étape.
Melissa